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Paléographie 1 : les outils du scribe

Par Malau • Le 10 janvier 2023 • ⏱️ 6 min de lecture

Il est vrai, quand on parle de paléographie, que l'on imagine se plonger directement dans le texte pour tenter de le transcrire — enfin, le déchiffrer serait le bon mot quand on n'a pas l'œil du spécialiste. Mais une première observation et étude du support en lui-même et de l'écriture vous en apprennent déjà énormément.

Je suis des ateliers culturels aux archives départementales avec une partie paléographie médiévale et une partie paléographie moderne. Mon œil de novice en apprend à chaque fois, je m'accroche mais il est vrai que c'est difficile. Avec les quelques repères dont nous allons parler ici, j'espère vous donner l'envie d'en savoir plus sur l'étude des écritures anciennes.

Les supports d'écriture pour comprendre la paléographie

Depuis l'Antiquité, une multitude de supports se sont succédé et ont été utilisés simultanément jusqu'à nos jours. Le paléographe se doit d'examiner ce support avant de le transcrire, pour lui permettre une estimation de la datation et de l'importance de l'acte.

Nous avons trouvé des écrits sur de la poterie, de la pierre, du bambou, de l'ardoise, de l'écorce, de l'argile et terre cuite, des tablettes de cire, du papyrus, du parchemin et du papier. Nous sommes passés de matières premières à matières fabriquées au fil des ans, et nous allons nous intéresser ici aux trois plus importantes que sont le papyrus, le parchemin et le papier.

Le papyrus
Papyrus hiéroglyphique
Papyrus hiéroglyphique faisant partie des dizaines de documents anciens trouvés à Wadi al-Jarf en Égypte.

Sa date de production serait estimée à quatre siècles avant J.-C. en Égypte, et il a été utilisé dans le bassin méditerranéen depuis l'Antiquité. Sa fabrication consiste à découper en bandes des tiges de papyrus, afin de les déposer en deux couches perpendiculaires l'une à l'autre et d'y exercer une pression qui crée l'adhérence.

Loin des contrées égyptiennes, nous avons très peu de documents sur papyrus en France, mais il faut pouvoir le reconnaître tout de même. Observez bien les fibres croisées que l'on voit nettement en haut de l'image.

Le parchemin
Parchemin de 1557
Parchemin de 1557

On a vu apparaître les premiers parchemins vers 1400 avant J.-C. également en Égypte. D'autres diront que sa première apparition daterait de deux siècles avant notre ère, avec le roi de Pergame, Pline l'Ancien. Son nom serait tiré du nom de la ville, Pergamon. Sa fabrication est issue de peaux animales comme le mouton, la chèvre, le veau et le vélin.

Le reconnaître est assez simple par son aspect organique qui est celui du cuir. Il présente une différence de couleur et de texture selon les faces. Le côté poil appelé aussi le côté fleur, où vous pourrez retrouver des points plus sombres où étaient les poils, et le côté chair, lisse, là où on écrivait.

Le papier

Apparu dès le 1er siècle après J-C, en Chine, il n'a cessé d'évoluer jusqu'à nos jours de par ses composants, mais aussi par ses techniques de fabrication.

Ce serait un eunuque de l'empereur chinois qui aurait eu l'idée d'utiliser de l'écorce (de mûriers, bambou), du chanvre, des chiffons et des filets de pêche pour fabriquer du papier. Il connaît dès lors une expansion fulgurante pour arriver en Europe par l'Espagne, et gagner la France entre le XIVème et XVème siècle.

« Merveilleuse invention d'un grand usage dans la vie, qui fixe la mémoire des faits et immortalise les hommes. Cependant le « papier », admirable par son utilité, est le simple produit d'une substance végétale, inutile d'ailleurs, pourrie par l'art, broyée, réduite en pâte dans de l'eau, ensuite moulée en feuilles quarrées de différentes grandeurs, minces, flexibles, collées, séchées, mises à la presse et servant dans cet état à écrire les pensées et à les faire passer à la postérité. » (Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, article 1757)
Feuille de papier avec filigrane
Feuille de papier avec filigrane

Le papier chiffon est aisément repérable car sa fabrication laisse de nombreuses empruntes sur le papier final. Les châssis de bois avec treillis qui récupèrent la pâte à papier forment des traits horizontaux (appelés vergeures) et verticaux (les pontuseaux). Les différents producteurs de papiers apposaient souvent un filigrane sur le papier. Produit de manière plus artisanale que le papier à bois, les bords du papier chiffon sont souvent plus irréguliers (bien qu’il puisse être recoupé). (Source: Scribe Ad64)

Différentes techniques ont été inventées pour répondre à la demande croissante de papier, qui n'est plus exclusivement réservée à l'élite.

• Le papier à pâte chimique apparaît vers 1850 en dissolvant la lignine du bois à l'aide de réactifs chimiques afin de récupérer les fibres essentiellement constituées de cellulose.

• Le papier à pâte mécanique fait son apparition vers 1867, et est obtenue par frottement de rondins de bois sur une meule en présence d'eau ou par défibrage des copeaux entre deux disques broyeurs d'un raffineur.

• Vers 1874, le papier issu du procédé au bisulfite (acide), qui est un composé chimique.

• Vers 1878 mais utilisé à partir de 1930, le papier issu du procédé au sulfate (alcalin).

Et depuis 1994, le papier que l'on connaît aujourd'hui, issu du procédé alcalin au sulfate et qui répond à la norme internationale ISO 9706.

Les outils d'écriture
Instruments d'écriture
Instruments d'écriture

Les différents outils d'écriture que l'on retrouve, crées à travers le monde, vont façonner les écritures.

La plume creuse de roseau, appelé aussi calame, peut être utilisée avec de l'encre sur du papyrus ou du parchemin, à sec pour graver des support d'argile. Par ordre d'apparition, nous avons le calame au Moyen-Orient.

« La façon de tailler le roseau déterminait la forme des signes. Taillé en biseau, le calame laissait des traces triangulaires dans l’argile qui, durcie au soleil ou cuite au four, préservait les caractères. Le bout arrondi du calame servait à imprimer les chiffres à l’époque archaïque. Les Grecs introduisirent en Égypte les calames de roseau taillés en biseau, dont la pointe fendue retenait l’encre. » (Source: BNF)

Ensuite, le stylet en métal chez les Romains pour marquer les tablettes de cire.

Le pinceau en poils de chameau, fût inventé par le savant chinois Meng Tian en l’an 250 avant J.-C. qui permit d’écrire sur le tissu (soie). Les calligraphes chinois utilisèrent dès lors de fins pinceaux de poils reliés par un fil de soie, rangés dans un tube de bambou évidé.

La plume d'oie principalement, parce que l'on retrouve aussi celles du corbeau, fût utilisée dès le IVème siècle, et a besoin d'être taillée pour être trempée régulièrement dans l'encre.

La plume métallique qui apparaît dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, mais son usage ne devient officiel qu'au milieu du XVIIIe siècle, en Angleterre, et se généralisa, en Europe, au XIXe siècle.

Enfin, le stylo. Celui à plume fût inventé par Waterman en 1884 avec sa cartouche d'encre. Et le stylo à bille inventé en 1949 et commercialisé par la baron Bich dès 1953.

L'encre

Dès l'Antiquité, on connaît plusieurs sortes d'encres provenant de différentes sources, végétales, minérales et animales.

On distingue pour la période médiévale les encres au carbone ayant comme base le noir de fumée, qui est un résidu carboné obtenu par la combustion incomplète de diverses matières organiques riches en carbone, et de gomme végétale, et les encres métallo-galliques issues de la noix de galle, cette excroissance produite sur le chêne, par la piqûre de certains insectes comme le cynips, à laquelle on ajoute un sel métallique, le sulfate de cuivre ou de fer. Ce sulfate réagit aux substances actives de l’extrait végétal et produit un précipité noir dont on augmente la viscosité en ajoutant un liant, généralement de la gomme arabique. Ces dernières sont souvent corrosives pour le support.

D'autres sont issues de la sépia qui est un liquide sécrété par certains céphalopodes tels que les seiches et les calmars dans un organe appelé poche du noir.

La couleur brun foncé domine en Europe depuis le VIIème siècle. L'encre rouge brique est extraite du minium, oxyde de plomb de couleur rouge. Le rouge vermillon issu du sulfure de mercure, le cinabre. On l'utilisait pour mettre en relief certains éléments du texte comme les titres.

Voici donc les premiers éléments vous permettant de faire connaissance avec votre support, et en tirer le maximum de renseignements. Prochainement, on parlera des types d'écriture.

D'ici là, bonnes recherches!

Sources:

• BNF et ses classes

• BNF, Le papier occidental.

• Open Edition, Usages des supports d’écriture au XVIIIème siècle : une esquisse codicologique.

• Boowiki, encyclopédie libre.

• Le papetier de France, La petite histoire des encres.

• Scribe, manuel de paléographie.

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